| Situation politique au Togo.
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D’ordinaire
complètement ignoré des médias
européens, le Togo est pendant quelques temps
passé rapidement sous les feux de l’actualité
en raison du décès en février
2005 de Eyadema Gnassingbé, son président
autoproclamé depuis 38 ans.
Suite
à ce décès, l’armée a
placée au pouvoir Faure Gnassingbé,
le fils du dictateur. Cette succession a été
largement condamnée par l’opposition Togolaise
et par la communauté internationale, tant et
si bien que le régime en place a finalement
accepté de tenir des élections présidentielles
le 24 avril 2005.
Au
lendemain des élections, de violentes manifestations
populaires ont éclatées, provoquant
plusieurs morts et des milliers de réfugiés,
l’opposition, appuyée par quelques observateurs
internationaux et des ONG, dénonçant
la manipulation du scrutin et contestant la validité
des résultats qui donnaient Fauré Gnassingbé
vainqueur avec un peu plus de 60% des voix.
La
France d’abord, l’union Africaine ensuite, on pourtant
rapidement avalisés les élections, légitimant
ainsi le nouveau président ainsi que les presque
40 années précédente de dictature.
Le
Togo, petit pays pauvre très peu touristique
et ne représentant pas d’enjeux stratégique
ou économique important pour la communauté
internationale est rapidement retombé dans
l’anonymat, malgré les actions des ONG de défenses
de droits de l’homme qui tentent toujours d’attirer
l’attention sur la situation politique, démocratique
et économique désastreuse de cet état
d’Afrique de l’Ouest.
Ayant
effectué un séjour marquant d’un mois
au Togo en Décembre 2002 et ayant gardé
des contacts avec des Togolais je me sens concerné
par l’évolution de ce pays, c’est la raison
pour laquelle j’ai décidé de rédigé
ce dossier afin d’informer et d’aider à la
compréhension de la situation politique du
Togo.
Rapide
histoire politique du Togo.
Petit
état de 56.000 km carrés (environ
1,8x plus grand que la Belgique et 10x plus petit
que la France) et de plus ou moins 5 millions
d’habitants, le Togo partage ses frontières
avec le Bénin à l’Est, le Burkina Faso
au Nord, les Ghana à l’Ouest et l’océan
Atlantique au Sud.
Donné
par les puissances coloniales à l’Allemagne
en 1885 lors de la conférence de Berlin, il
tombe dans le giron de la France à titre de
dommage de guerre en 1918 ou il intègre l’AOF
(Afrique Occidentale Française) jusqu’à
son indépendance en 1960.
Décolonisation.
Le
premier président élu du Togo sera Sylvanus
Olympio qui s’impose aux élections de 1960
en battant Nicolas Grunitizky, le candidat soutenu
par la France.
Le
13 janvier 1963, le gouvernement Olympio est renversé
par un coup d’état militaire mené par
Nicolas Grunitizky et par Etienne Gnassingbé
Eyadema alors simple sergent.
Apres
l’assassinat de Olympio, Grunitizky se proclame président.Son
règne sera de courte durée, car en 1967
il est destitué par Gnassingbé Eyadema
qui a décidé de prendre le pouvoir pour
lui-même.
Pendant
19 ans le Togo connaîtra une période
de certaine stabilité et même une relative
prospérité en raison de très
grandes ressources en phosphate (4eme producteur mondial,
les ressources sont exploitées par des compagnies
étrangères qui payent une redevance
au régime Togolais).
Premiers
attentats & tentative de démocratie avortée.
En
1986 Eyadema échappe à une tentative
de putsch et d’assassinat, son régime est déstabilisé
par de violentes manifestations à Lomé
mais il peut compter sur l’aide de la France qui envoie
sur place des troupes afin de « pacifier »
la région.
Le
Togo accusera son grand voisin anglophone le Ghana
d’avoir supporté la tentative de renversement
et les relations entre les deux pays connaîtront
une période tendue jusqu’en 1996, date à
laquelle le Togo régularisera ses relations
et ouvrira également des relations diplomatiques
avec l’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
En
1990, poussé par François Mitterrand
et par le contexte politique international (chute
du Mur de Berlin et des régimes autoritaires
du bloc de l’Est), Eyadema accepte le principe du
multipartisme.Avec l’apparition du COD (Collectif
de l’Opposition Démocratique) et avec la création
du Haut Conseil de la République le président
Eyadema se voit retirer tout ses pouvoir et est obligé
de laisser sa place à un président intérimaire
jusqu’aux élections prévues en 1993.
Malgré
une grève illimitée lancée en
1992 par l’opposition qui exige son départ,
Eyadéma va rapidement reprendre ses pleins
pouvoirs avec l’aide de l’armée.
En
1993, nouvel attentat raté contre Eyadema,
ce qui lui permettra d’asseoir son autorité
personnelle en affirmant que sa « chance »
est due à l’intervention de Dieu et que si
il est toujours en vie et au pouvoir c’est grâce
à la volonté de Dieu.
S’appuyant
sur les conflits ethniques entre les Kabiyés
du Nord, ethnie du président et majoritaire
dans l’armée et les Ewés, ethnie du
sud et majoritaire à Lomé, Eyadema punira
ces ennemis par une violente répression militaire
dans la région de Lomé ce qui entraînera
l’exode de près de 230.000 Togolais vers le
Ghana et le Bénin.
Des
sanctions économiques sont imposées
par la communauté internationale en particulier
par la France, l’Allemagne, les Etats Unis et l’Union
Européenne.
Les touristes, expatriés et investisseurs délaissent
le Togo devenu trop instable, l’économie décline
rapidement et Lomé la « Perle de l’Afrique
» sombre dans le marasme économique.
Le Togo que l'on représentait jadis, en raison
de ses ressources physiques et humaines, comme la
«Suisse de l'Afrique», se retrouve classé
aujourd'hui au même indice de développement
humain que le Bangladesh ou le Cambodge.
Elections
Présidentielles.
Lors
des élections de 1993, Eyadema est le seul
candidat à sa propre succession en raison du
boycott de l’opposition.
Néanmoins, par précaution, on fera quand
même « voter les morts » et le président
sera élu pour un premier mandat «démocratique»
de 5 ans avec plus de 97% des suffrages.
En
1997, sous la pression internationale, le régime
Togolais consent à organiser de nouvelles élections
présidentielles. Eyadema est opposé
à Gilchrist Olympio, fils de l’ancien Président
assassiné. Durant le dépouillement du
scrutin, la commission électorale est démissionnée
par le pouvoir et c’est le Ministère de l’intérieur
qui reprendra la suite du dépouillement, loin
de la vue des observateurs.
Le président gagne son second mandat «démocratique»
avec 51% des voix.
L’opposition et les observateurs internationaux dénoncent
les fraudes mais Eyadema calme les esprits en annonçant
que comme le prévoit la constitution, ce second
mandat sera le dernier.
Modification
de la constitution.
En
2002 le parlement Togolais modifie la constitution
afin de permettre d’une part au président sortant
de se représenter autant de fois qu’il le désire
aux élections et d’autre part pour abaisser
de 45 à 35 ans l’age minimal pour être
désigné a la tête de l’assemblée
nationale.
La
constitution Togolaise prévoit en effet qu’en
cas de décès du Président de
la République, c’est le président de
l’assemblée nationale qui assumera l’intérim,
hors en 2002, Faure Gnassingbé, le fils du
président à… 35 ans.
Les
députés Togolais modifient également
les règles électorales, désormais
pour pouvoir se présenter au poste de président
de la république il faut obligatoirement avoir
résidé de manière permanente
au Togo pendant les 5 années précédents
l’élection.Cette modification de la loi exclu
automatiquement des scrutins, Gilchrist Olympio et
la plupart des opposants principaux qui, menacés
de mort, vivent depuis plusieurs années en
exil hors du Togo.
Election
2003.
2003,
nouvelles élections présidentielles,
par diverses manœuvres administratives les quelques
candidatures de l’opposition sont déclarés
« non recevables », seul Bob Akitani se
présente contre le président sortant.
Eyadema
remporte son troisième mandat avec 57% des
voix, il bénéficiera en outre des félicitations
de son « ami personnel » Jacques Chirac,
malgré que à nouveau plusieurs ONG dénoncent
les manipulations et le manque d’équité
des règles de dépouillement.
Dans
les mois qui suivirent les élections, une série
des purges seront entreprises dans l’armée
et dans la société civile afin de pourchasser
les électeurs de l’opposition.
Sur
de son pouvoir et fort de l’appui inconditionnel (et
militaire) de la France, Eyadema va alors entreprendre
de se tailler une stature internationale en se posant
comme médiateur dans les conflits de Guinée
Bissau, Sierra Léone et surtout lors de la
guerre civile en Côte d’Ivoire.
Le
règne de Eyadema ne s’achèvera que le
5 Février 2005, soit 38 ans après son
ascension au pouvoir, ce qui lui permettra de disputer
à Fidel Castro le titre de dictateur le plus
longtemps en activité.
Situation
actuelle .
A
la mort du «dinosaure» comme il était
surnommé, le président Jacques Chirac
a exprimé sa "profonde tristesse"
après la mort d'un "ami de la France"
et "ami personnel".
La
mise en place du successeur.
Bien
décidée à placer à la
tête de l’Etat Faure Gnassingbé le fils
du président défunt, l’armée
Togolaise boucle les frontières du pays, obligeant
l’avion de Fambaré Natchaba Ouattara, président
de l’assemblée nationale du Togo à se
dérouter sur le Bénin ou il sera bloqué
plusieurs jours.
En
son absence, Fambaré Natchaba Ouattara est
démissionné d’office et Faure est désigné
à sa place.
C’est donc tout a fait naturellement et « légalement
» que le fils Gnassingbé prête
serment comme nouveau président de la république
le 6 février 2005.
Rapidement
cependant l’Union Africaine (UA), la CEDEAO (Communauté
économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest
/ ECOWAS) et l’ONU dénoncent le coup d’état
et appellent au respect de la constitution sous peine
de sanctions.
Le
Nigéria ira même jusque à déclarer
qu’il est « prêt a tout » pour empêcher
la prise de pouvoir par Faure et l’armée.L’Union
Européenne, puis Washington et enfin la France
ferons à leur tour pression pour le respect
de l’ordre constitutionnel.
Premieres
émeutes.
Le
12 février, premières manifestations
importantes à Lomé, la police ouvre
le feu et fait 3 ou 4 victimes selon les sources.
Le
19 février, suite à une nouvelle manifestation
violemment réprimée par la police (1
mort), la CEDEAO et l’organisation mondiale de la
Francophonie excluent de leurs rangs le Togo en guise
de protestation.
C’est
la première fois que ces deux organisations
prenaient une position politique aussi forte et ce
malgré le fait qu’elles accueillent pourtant
dans leurs rangs des pays aussi peu démocratique
que le Laos, Haïti, le Liberia ou la Sierra Leone.
Le
26 Février, Faure Gnassingbé démissionne
et est remplacé par Abass Bonfoh, vice président
de l’assemblée nationale en tant que président
intérimaire du Togo jusqu’aux élections
prévues pour le 24 avril 2005.
Les
partis de l’opposition et tous les candidats, y compris
Gilchrist Olympio et le Franco-Togolais Kofi Yamgnane,
ancien secrétaire d’état en France décident
de présenter Bob Akitani comme candidat unique
de l’opposition.
Election
du 24 avril 2005..
Pendant
que Faure Gnassingbé commence sa campagne en
proposant un programme basé sur un gouvernement
d’unité nationale et axé sur la formation
scolaire et le redressement économique, de
nouvelles émeutes éclatent et font au
moins 6 morts et une centaine de blessés.
Le
24 avril, au cours du scrutin, de nouveaux heurts
opposent jeunes du RPT (parti du président)
aux jeunes du quartier de Bé à Lomé,
fief traditionnel de l’opposition, il y a au moins
3 morts.
Plusieurs
témoignages font état d'urnes emportées,
parfois brûlées, par des militaires ou
des inconnus. Opposition et parti au pouvoir s’accusent
mutuellement d’organiser des fraudes massives mais
l’envoyé spécial de la CEDEO se dit
"satisfait" de la tenue du scrutin, et déclare
ne pouvoir se prononcer sur des éventuelles
irrégularités.
Dans
les jours qui suivent la proclamation des résultats
(Faure Gnassingbé élu avec 60% des voix
contre 37% pour Bob Akitani) de nouvelles émeutes
éclatent à Lomé faisant au moins
11 nouveaux morts et provoquant la fuite de 20 à
40.000 Togolais vers le Ghana et le Bénin.
Au
cours de émeutes, des symboles de la présence
française au Togo, ainsi que l’institut Goethe
attaché à l’ambassade d’Allemagne serons
mis à sac ou détruits.
Approbation
Internationale et contestation de l'opposition..
La
France quand à elle déclare "prendre
note avec satisfaction de ce que l'élection
présidentielle s'est déroulée
dans des conditions satisfaisantes, même si
on a dû constater des incidents isolés"
tandis que dans l’opposition le parti socialiste français
dénonce aussi bien le processus électoral
suspect que son résultat.
Dernier
événement en date, le 26 avril, Bob
Akitani s’autoproclame vainqueur de l’élection
et nouveau président démocratiquement
élu du Togo.
Pour
appuyer leur contestation des résultats, les
forces d’opposition on publiées un
argumentaire (pdf) qui entend entre autre démontrer
que le nombre de bulletins de votes décomptés
est trop élevé pour un pays d’à
peine 5.5 millions d’habitants ou 43% de la population
à moins de 15 ans et ou l’age minimum pour
voter est fixé à 18 ans.
L’opposition
soutient que comme cela a été démontré
lors des précédentes élections,
le RPT au pouvoir a comptabilisé de nombreux
votes fictifs.
Aujourd’hui
la situation semble dans une impasse, avec un pays
coupé en deux par une opposition reposant aussi
bien sur des critères politiques que ethniques.
La communauté internationale se satisfait pourtant
du résultat et ne semble guère motivée
à pousser plus loin ses pressions ou ses investigations.
Petit
à petit, Etats et organisations gouvernementales
reconnaissent le gouvernement de Faure Gnassingbé,
malgré le risque réel de voir s’installer
dans ce pays parmi les plus pauvres de la planète
un régime présidentiel héréditaire
reposant sur une société qui pourrait
dégénérer en guerre civile comme
en Côte d’Ivoire ou au Rwanda.
Conclusions.
A
l’heure actuelle il est impossible de dire si le Gnassingbé
« nouveau » est un usurpateur ou un candidat
plus ou moins légalement élu.
Tout
comme il n’est pas encore possible de dire si le nouveau
président tentera de relever son pays comme
l’a tenté (et réussi) un Jerry Rowlings
– pourtant putschiste lui aussi - au Ghana quelques
années plus tôt ou bien si il continuera
le détournement des ressources au profit du
clan Eyadema.
Ce
qui est certain c’est que quelque soit la manière
dont c’est réellement déroulé
le scrutin du 24 avril, le Togo ne dispose d’aucunes
infrastructures politiques lui permettant de construire
sur les bases actuelles un régime réellement
démocratique et transparent.
Les
caciques de l’ancien régime sont toujours en
place, les administrations et les entreprises privatisées
sont toujours noyautées par « la famille
» du dictateur décédé et
dans l’ombre c’est toujours un obscur quarteron d’officiers
qui tire les ficelles des forces armées.
Lourdement
handicapé par sa filiation paternelle, et décrédibilisé
par les zones d’ombres sur le scrutin et l’absence
d’enquêtes sur les possibles fraudes, le président
Faure a une légitimité pour le moins
sujette à questions.
Dans
ces conditions on ne peut que déplorer la rapidité
et la complaisance avec laquelle les instances internationales,
France en tête, ont avalisées les résultats
des élections, refusant d’enquêter ou
même de prêter attention aux accusations
de fraude.
Ne
souhaitant pas « déstabiliser la région
» et continuant de privilégier une diplomatie
Africaine encore empreinte d’un paternalisme post
colonialiste, il est à craindre que les alliés
du régime Togolais continueront de détourner
les yeux quand le pays s’enfoncera de plus en plus
dans la récession et l’autoritarisme.
Le
« nouvel ordre mondial » est décidément
bien difficile à comprendre…
| Mise
a jour de dernière minute : Début
Mai, la presse internationale à publié
des notes de service interne de l'Union Européenne
ou les observateurs de l’UE envoyés au
Togo confirmaient les rumeurs de fraude massive
et dénonçaient le caractère
non démocratique de l’élection de
Fauge Gnassignbé.
Malgré ces réserves ces témoignages,
la CEDEAO et le France ont estimés qu’il
convenait de reconnaître Faure Gnassingbé
comme président légitime du Togo…
Depuis,
des tentatives de formation d’un gouvernement
d’union nationale en collaboration avec les
partis d’opposition sont tentées sous
l’égide de Président du Nigeria.
Mais jusqu’à présent ces négociations
n’ont rien données, l’opposition refusant
d’ouvrir des discussions sérieuses tant
que la victoire de Bob akitani n’est pas reconnue
par le gouvernement en place.
|
la
suite du dossier
©Travel2world 05/2005.
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