TRAVEL2WORLD : Dossiers n° 14

Tourisme & Terrorisme : l'effet "Nine eleven".

Quand on évoque les dégats que le terrorisme peut causer à l'industrie du tourisme, les médias font bien souvent référence au "Nine-eleven", l'attentat contre les Twin Towers le 9 Septembre 2001.

L'événement à donné naissance à de nombreuses "formules" et prédictions en tous genres, le monde "ne sera plus jamais le même" a t-on ainsi pu lire ou entendre.

A l'instar de la géopolitique, le secteur du tourisme à été largement impacté par les attentats, et ici aussi médias et analystes on pu se livrer à des prévisions pour le moins alarmantes. On a parlé de millions de pertes d'emplois de par le monde(1) ou encore d'économie de pays émergents "totalement à l'arret".

(1) Dans un communiqué de presse, l'organisation Mondiale du tourisme avait fait l'echo de prévisions annonçant plus de 8 millions d'emplois saisonniers perdus pour cause de ralentissement du tourisme.

Il est vrai que l'ampleur de l'attentat et sa couverture jusqu'à l'overdose par tous les médias de la planète ont provoquées une psychose et un repli sécuritaire en occident qui c'est traduit par une contraction quasi immédiate et spectaculaire du tourisme mondial, provoquant ainsi la première baisse du nombre de voyages internationaux depuis 1982.

Dans les 24 heures qui ont suivi les attentats, l'espace aérien des Etats Unis et d'autres pays également ont étés complètement fermés au trafic, et l'IATA (l'Association internationale du transport aérien) estime que le trafic mondial de passagers a diminué de 25 à 50% au cours du dernier trimestre 2001.

En 2002, les achats de biens et services touristiques, mais également les commandes d'avions ont connus une pause et plusieurs vagues de licenciements dans des secteurs liés au tourisme et à l'aviation (Boeing, Delta Airlines, SAS, Air Canada etc…) ont été justifiées par "la crise du tourisme suite aux attentats du 11 septembre".

Rien que pour les 6 principales compagnies aériennes américaines, on chiffre à plus de 80.000 les pertes d'emplois en 2002.

4 ans après, les Etats-Unis, malgré une bonne année 2004 enregistrent un taux de fréquentation touristique toujours inférieurs à ce qu'il était en 2000.

Malgré les apparences, il faut se garder de conclusions trop faciles, et si l'impact du "11 septembre" sur la baisse du tourisme mondial en 2001 fut réel il est loin de constituer la seule explication et la portée réelle des conséquences doit être relativisée.

Relativiser l'impact.

En 2001, les arrivées de touristes internationaux ont fléchies de 0,6 pour cent, ce qui constituait la première croissance négative depuis 1982. Mais cette baisse de moins d'un pourcent se calcule par rapport à l'année précédente, hors 2000 fut une années exceptionnellement profitable, en hausse de presque 7% par rapport à 1999.

A l'échelle de la décennie (1991-2001), les résultats de 2001 restent malgré tout conformes à la tendance observée.
Si l'on devait comparer la progression du tourisme à un coureur de fond, on pourrait dire que les attentats du WTC ont annulé l'accélération finale du coureur mais ne l'on pas empêché de finir vainqueur malgré tout.

Dès 2002, l'ensemble du tourisme mondial repartait à la hausse pour se poursuivre les années suivantes, ou malgré une nouvelle récession en 2003 pour cause de SRAS et de grippe aviaire, les chiffres de cette année restent plus haut encore que les sommets atteints en 2000 pour finalement battre un nouveau record de 760 millions de voyages en 2004.

Évolution du tourisme international
Année
Arrivées (millions)
Variation en chiffres absolus (millions de $)
Variation annuelle (%)
Revenus (milliards de $)
Variation en chiffres absolus
variation annuelle(%)
1996
586
34
6.2
438.8
1997
610
24
4.1
442.9
4.1
0.93
1998
629
19
3.1
445.2
2.3
0.52
1999
652
23
3.7
455
9.8
2.20
2000
697
45
6.9
473.4
18.4
4.04
2001
692
-5
-0.6
459.5
-13.9
-2.94
2002
703
11
1.6
474.2
14.7
3.2
2003
691
-12
-1.7
non disponible
2004
760
69
10
non disponible

De plus, contrairement à une catastrophe internationale comme le Tsunami asiatique en 2004, les attentats furent géographiquement très limités.
Les infrastructures liées au tourisme, y compris au sein de Manhattan, n'ont absolument pas souffert.
C'est la psychose de nouveaux attentats qui a poussée les gens à moins voyager, ce n'est en aucuns cas la capacité d'accueil touristique qui a été réduite.

Si les effets d'une psychose sont souvent disproportionnés et par nature imprévisible, ils n'en demeurent pas moins extrêmement volatiles et rapidement réversibles.

Le 11 Septembre n'a pas provoqué une paralysie du tourisme mondial (exception faite des premières 48h), mais bien un changement important dans les habitudes des voyageurs.

Hyper sensibilisés par les prévisions alarmistes des divers agences de surveillance terroristes de par le monde, les touristes "post2001" ont privilégiés les voyages moins long, moins lointains, avec des moyens de transport perçus comme moins risqués (train et voiture), montrant ainsi la prévalence des critères de sécurité (et de prix) dans leurs choix.

Les vigoureuses campagnes de promotion de l'industrie du tourisme US menées depuis 2002 ont permis en quelques mois la reprise du tourisme aux USA, avec des pertes il est vrai et ce même si les touristes Nord Américains ont suppléés en partie l'absence des touristes étrangers en voyageant plus " intra muros ".

En termes de recettes, le tourisme mondial en 2002 a généré 474 milliards de dollars de revenus, soit 1 milliard de mieux qu'en 2000 et 15 milliards de plus qu'en 2001.

Si l'on compare les recettes avec la hausse enregistrée des arrivées internationales, (+6 millions par rapport à 2000 et +11 millions par rapport à 2001), on constate au passage qu'une unité "perdue" coûte deux fois ce qu'une unité "gagnée" rapporte.

Ce sont surtout les pays non occidentaux, Moyen Orient et Asie en tête qui ont eu à subir les conséquences du 9/11.(2).

(2) L'Egypte par exemple a terminé l'année 2001 avec une basse de 15,6 % dans sa fréquentation touristique, cette baisse se retrouve également dans de nombreux pays du Maghreb et du Moyen Orient, mais également en Asie (Inde, Indonésie...)

L'éloignement de ces pays, des infrastructures parfois moins avancées, une culture différente parfois présentée comme hostile, et une situation géographiquement plus proches des pays qualifiés "d'axe du mal" ou de "foyers du terrorisme" rendants leur perception comme moins stable, moins sur.

Mais ce sont également ces régions qui ont réussi le plus rapidement à inverser les tendances et à regagner des "part de marché" grâce à de nombreux atouts naturels bien sur mais également en raison d'une politique touristique active et de mesures sécuritaires nettement moins contraignantes, voire intimidante, à l'opposé de ce que l'on a pu observer aux USA par exemple. Ici encore le critère "prix" a contribué grandement à redonner de l'attrait à ces destinations.(voir l'article sur le tourisme mondial en 2004 pour plus de détails).

D'autres raisons.

Il ne faudrait surtout pas amputer au seul 11 Septembre les causes du ralentissement du tourisme.

Tout d'abord parce que ces attentats ce sont produit à la fin de la haute saison touristique (qui s'étend de mai à fin Aout), alors que de nombreux touristes étaient déjà partis (et rentrés), les statistiques de 2001 n'ont donc été que partiellement affectées.

Ensuite, dès la fin 2000, le ralentissement économique des pays occidentaux, Allemagne et Etats-Unis en tête, avait déjà commencé à faire sentir ces effets sur l'activité touristique mondiale.
Bien avant les attentats, on pouvait déjà prévoir que l'année 2001 serait une contre performance,y compris aux USA du fait entre autre de la récession au Japon, traditionnel pays émetteur de touristes à destination de l'Oncle Sam .

Début 2002, l'Europe centrale et l'Allemagne mais également une partie de l'Asie et du sous continent Indien ont également connues de très importantes inondations qui ont lourdement affectées les infrastructures touristiques et les réseaux de communications dans ces régions fortement touristiques (ont a parlé de " crue millénial " dans le cas de l'Europe centrale).

Les effets sur les émissions et les réceptions de touristes ont étés importants et en se mêlant à "l'effet 11 septembre" ont provoqués un amalgame et une confusion des causes.

Quand aux licenciements dans le secteur de l'aviation opérés officiellement pour cause de conséquences des attentats, ils ont été effectués à titre " préventif ", bien avant que les constructeurs aériens par exemple ne commencent réellement à enregistrer de pertes d'activité.

En fait il est probable que les opérateurs américains, déjà en difficulté depuis plusieurs années aient cherchés à profiter de "la clause d'urgence économique", une disposition légales US leurs permettant d'effectuer des licenciements "secs" sans préavis ni indemnités en cas d'événements exceptionnels.

Changement de comportement.

Comme on l'a vu, le sentiment d'insécurité mondiale et la récession économique ont, dans un premier temps du moins, provoqués une contraction du tourisme mondial et poussés les voyageurs à privilégier des destinations moins lointaines, plus familières et perçues comme plus sures.

Si cette tendance n'a résistée que quelques mois, d'autres changements de comportement semblent en revanche s'opérer de manière plus durable.

Les voyageurs "post2001" s'informent plus sur les destinations et sur les risques d'attentats possible, et en cas de dégradation de la situation politique d'un pays cette destination est délaissée au profit d'autres plus stables mais pas nécessairement moins lointaine.

Dans la pratique cela se remarque par des réservations de plus en plus tardives et plus d'achats de dernières minutes de manière à pouvoir faire un autre choix le plus longtemps possible. Les séjours durent également moins longtemps, comme pour " réduire les risques ", mais paradoxalement on voyage plus souvent.(3)

(3) en Europe, c'est également à mettre en relation avec l'aménagement de temps de travail et sur l'évolution des lois en matière de pause carrière. Avec plus de temps libre à répartir sur toute l'année, on part plus souvent mais moins longtemps.

L'incertitude de la situation politique et économique mondiale incite également à faire moins de dépenses "futiles", et si on constate de par le monde une hausse des départs en voyages, les recettes elles progressent plus lentement.

Le prix est devenu plus que jamais un argument décisif dans le choix d'un voyage.
Dans une certaine mesure, on peut dire que l'effet "Nine Eleven" fut positif au moins pour les compagnies "Low Cost".

Dans le même temps et peut être sous l'influence d'une plus grande prise de conscience des relations conflictuelles entre "le Nord" et "le Sud", on assiste à un engouement pour les voyages plus éthiques, moins conventionnels.
Les "voyages rencontres" sont préférés aux "all inclusive" en circuits fermés.

En conclusion

On ne peut nier que les événements du 11 septembre 2001 ont eu une influence sur les flux touristiques mondiaux, mais les effets réels ne furent pas à la mesure de la médiatisation qui en a été faite.

Au delà du 11 septembre, l'analyse de l'actualité de ces 5 dernières années parallèlement à l'évolution des chiffres du tourisme démontrent que la menace terroriste ou les guerres, mais également les épidémies ou les catastrophes naturelles n'ont qu'une influence géographiquement et temporellement limitée.(4)

(4) la World Tourism Organisation estime par exemple que le Tsunami de Décembre 2004 (plus de 300.000 morts et une demi douzaine de pays touchés) ne produira plus d'effets touristique négatifs au delà d'une période de 6 mois après le drame.

A l'échelle d'un pays, voire d'une sous région continentale, des événement exceptionnels peuvent perturber significativement l'activité touristique, mais à l'échelle planétaire et abstraction faite des aspects humains et politiques, on peut dire que les attentats du 11 septembre n'ont pas été un événement en mesure d'enrayer la mécanique du tourisme mondial.

A l'image de l'économie mondiale avec qui les cycles sont étroitement liés, le tourisme est influencé par une multitude de facteurs et il semble pour le moment que seul le contexte économique mondial soit véritablement en mesure de peser de manière conséquente sur l'évolution du tourisme.

Sources

Presse & Radio.

Communications de presse d'Organisation Gouvernementales / Nationales / Internationales.

Autres Web site .

Livres, Publications.

Ce Monde qui Vient, A.Minc. Ed. Grasset 2004.

©Travel2world 05/2005.

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Dans ce dossier :
Relativiser l'impact
D'autres raisons
Changements de comportement
Conclusion
 
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Que prendre avec soi ?
Passeport, billet etc..
La photo en voyage
Choisir son guide de voyage.
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Camping ou auberge de jeunesse ?
Pourquoi voyager à moto ?
Comment voyager à moto ?
 
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L'effet "Nine Eleven"
Le tourisme mondial en 2004
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Pour ou contre le tourisme ?
Le syndrome du voyageur
Citations