TRAVEL2WORLD : Dossiers n°8

Pour ou contre le tourisme ?

Un voyageur c’est un ami qui vous rend visite, 100 voyageurs c’est un troupeau qui vous envahi.

Pour de nombreux pays, aussi bien du nord que du sud, le tourisme est devenu une source primordiale de revenus, parfois c’est même la première source de revenus, bien avant toute production locale.

Sans le tourisme, l’économie de pays comme Cuba ou le Maroc s’effondreraient.

Le tourisme, surtout dans les pays du sud, c’est encore essentiellement (et même très largement) le tourisme de masse. Pour se développer, ce tourisme encadré, organisé, est demandeur d’infrastructures et nécessite des investissements importants :

Pour convaincre monsieur et madame Bidochon d’aller « voir les petits noirs » il faut leurs promettre de belles routes, de beaux hôtels climatisés et des piscines.

Le développement du tourisme à donc des conséquences diverses et variées et parfois contradictoires.

Petite revue rapide et ébauche de reflexions l :
(Réflexion construite sur base du texte de Françoise JM Davies, "les effets du tourisme" University of Wales, Aberystwyth.)

1. LE TOURISME, UNE SOURCE D'EMPLOI..

« S'il n'y a pas d'industries, d'usines ... dans la région, le tourisme devient une source de revenus et il apporte de l'emploi dans la région. Les touristes ont besoin d'être nourris et logés, donc il y a toujours beaucoup d'hôtels, de restaurants, de terrains de camping dans les régions qui attirent les touristes.
De plus, la plupart des touristes aiment toujours rapporter des cadeaux pour leur famille, ce qui fait qu'on trouve souvent des magasins de souvenirs à proximité des sites touristiques. Ces magasins de souvenirs vendent souvent des spécialités de la région, que ce soit du miel, des biscuits, des chopes ou des cuillers ... , des spécialités qui sont souvent manufacturées dans la région et donc créent des emplois.
L'artisanat traditionnel est souvent encouragé dans les régions touristiques, simplement parce que les touristes recherchent toujours des objets créés par les artistes du coin. Ainsi, il est fréquent de trouver, dans ces régions, des ateliers de poterie artisanale, des ateliers de céramique, des ateliers de tissage ... Ces ateliers sont très souvent ouverts au public et les touristes peuvent donc voir comment un potier, un tisserand travaillait autrefois.
» F.JM.Davies.

Mais les emplois liés au tourisme sont souvent précaires et saisonniers.

Dans les pays du Sud, il n’y à souvent pas de législation du travail très favorable aux « petits emplois », les employés du tourisme sont souvent exploités pour des salaires sans communes mesures avec les sommes dépensées par leurs riches clients.

Ces emplois sont également à « géométrie variable », quand les touristes deviennent moins nombreux, les populations locales perdent leur travail du jour au lendemain et le plus souvent sans indemnisations.

Quand aux entreprises artisanales qui fournissent les souvenirs aux touristes ce ne sont pas toujours des entreprises familiales, elles peuvent etre tenues par des maitre-patrons qui emploient de nombreux apprentis qui paient leur formation en fabriquant des souvenirs pour le compte du propriétaire des outils.

2. LE TOURISME ET LA DEPOPULATION DES VILLAGES

En s’installant dans des régions reculées, les complexes hôteliers et touristiques incitent les populations locales en général et les jeunes en particulier à rester au village pour travailler dans le tourisme, même pour des emplois saisonniers.

Mais si le tourisme peut inciter les jeunes à rester au village « d’à coté », il incite aussi les jeunes du village « d’un peu plus loin » à migrer vers les centres touristiques dans l’espoir (pas toujours vain) d’y trouver aussi du travail. Provoquant ainsi le phénomène des bidonvilles ou des gamins sans domiciles ni familles qui errent dans les rues aux alentours des hôtels.

3. LES EFFETS DU TOURISME SUR L'ENVIRONNEMENT

Le tourisme exploite le potentiel naturel d'une région ce qui peut mener à une protection de l'environnement au titre de la « préservation du fond de commerce ».

Si la France dispose d’un aussi exceptionnel patrimoine architectural en très bon état c’est parce que c’est justement ce qui attire les touristes.

Mais les ressources ne sont pas toujours disponibles pour entretenir tous les sites (potentiellement) touristiques.

Certains sites peuvent être remarquablement conservés et entretenus alors que d’autres, parfois distants de seulement quelques kilomètres tombent en ruine. La Kasbah de Ait Benadou au Maroc par exemple, profite de toutes les attentions, alors que les kasbah voisines disparaissent sous le sable du désert.

La conservation du patrimoine touristique peut aussi se faire au détriment de secteurs moins rentables, c’est ainsi que la restauration de bâtiments peut engloutir des fonds qui auraient pus êtres investis dans l’éducation par exemple.

Le tourisme peut également surexploiter les ressources touristiques d’une région, et provoquer des conséquences écologiques majeures. L’exemple le plus répandu est celui de la consommation de l’eau et du recyclage des déchets.

Dans une région ou il ne tombe tous les 2 ou 3 ans que quelques centimètres de pluie par mètre/carré… que penser de ces piscines qui contiennent plusieurs centaines de milliers de litres d’eau ?

Et que reste t’il encore de naturel dans des stations comme Varadero, Agadir ou la Costa del Sol ?

Le Mont blanc est parait-il devenu une véritable poubelle à ciel ouvert depuis que son ascension est devenu quelque chose de « tendance » et accessible pour à peu près n’importe qui…

4. LE MAINTIEN DES TRADITIONS

Le tourisme permet de conserver certaines traditions qui, sans cela, auraient totalement disparu aujourd'hui.

Au Mali et au Niger se tiennent des festivals de danses et de musiques traditionnelles qui permettent de conserver la tradition vivante.
Le festival des Gnaouas à Essaouira est un autre exemple.

De même un touriste payera sans doute sa poterie plus cher si il peut voir l’atelier authentique ou la production est réalisée dans le respect de la tradition et être ainsi sur qu’il n’achète pas une copie « made in Taiwan ».

Mais si la logique commerciale l’emporte, le risque est grand de voir la tradition dénaturée pour correspondre mieux à ce qu’attendent les touristes. Seules les musiques les plus vendables serons conservées tout comme seuls les artisanats avec le meilleur coût de revient serons encore disponibles.

C’est ainsi que l’on peut assister dans certains hôtels d’Inde ou du Maroc à de pathétiques spectacles de danse « folklorique » qui ne ressemble plus que très vaguement à de la danse traditionnelle.

L’installation massive de riches étrangers dans une région peut aussi exclure les populations autochtones de certains secteurs économiques ou leur interdire l’accès à certains bien et services devenus trop cher.

C’est ainsi que par exemple l’industrie du logement en Riad traditionnels à Marrakech est gérée quasi exclusivement par des familles Françaises qui sont les seules à avoir les moyens d’acheter et de rénover ces demeures anciennes.

L’exemple est également valable en France, ou les prix de l’immobilier sous l’influence des achats des Britanniques deviennent inabordables pour les populations locales.

Le jour ou les Américains d’origine Cubaine pourrons revenir dans l’Ile, il y a fort à parier que les Cubains serons éjectés par leurs riches cousins de leurs plus belles maisons et que les célèbres vieilles voitures américaines qui font le charme de la Havane serons rapidement rachetées et rapatriées en Floride…

5. LA DECOUVERTE D'UNE CULTURE DIFFERENTE

« Si les touristes font l'effort de rencontrer les gens du pays, de la région qu'ils visitent, s'ils essayent de les connaître, s'ils essayent de s'intégrer, ils peuvent ainsi apprécier les coutumes, (la façon de vivre / le style de vie) la culture et la langue d'un autre pays. Ils deviennent plus tolérants et sont enrichis par les vacances qu'ils ont passées.
Cela peut même mener à un rapprochement humain si les gens qui visitent une région et ceux qui y vivent, apprennent à s'apprécier même s'ils sont très différents. Beaucoup de préjugés peuvent ainsi disparaître. »
F.JM.Davies.

Noble souhait mais qui ne résiste pas souvent à la réalité du terrain.

Combien de fois ne peut on entendre de la part de touristes « all inclusive » des phrases comme « le pays XYZ c’est bien mais dommage qu’il y ait ses habitants » ?

Et qui peut réellement croire que des formes de tourisme comme les « séjour en village de vacance» ou l’on trouve une nourriture standardisée et internationale, ou l’on écoute dans des boites de nuit Britney Spears et ou l’on capte les télévisions européenne, participent à la découverte de la culture locale ?

Comment peut on apprécier la culture d’un pays quand on visite avec 200 autres personnes un village « traditionnel », caméra à l’épaule, en 10 minutes chronos ?

Et comment les populations locales peuvent elles faire disparaître leurs préjugés vis à vis de l’occident quand elles voient débouler sur le seuil de leur maison un groupe de touriste en 4X4 tout neufs avec des femmes en mini shorts moulants et des hommes obèses dans un pays ou la voiture représente le luxe suprême, ou la nudité est un tabou et ou l’on crève de faim une année sur deux ?

EN CONCLUSION

En conclusion il n’est pas facile de conclure, car il ne peut y avoir de (re)connaissance mutuelle sans voyage et sans une certaine forme de tourisme…

On ne peut pas non plus interdire le tourisme dans certains pays et condamner par conséquence la population locale à la misère sous prétexte qu’à moyen terme le tourisme à des effets pervers irréversibles.

Sans compter que je ne vois pas de quel droit l'occident pourrait décider que par exemple 77 millions de touristes/an en France (pour une population de 60 millions) ce n'est pas de trop, mais que plus de 2,5 millions de touristes /an en Inde ce n'est pas acceptable au nom de la préservation de l'authenticitée du pays...

Les effets économiques (positifs) du tourisme sont réels et ne sont pour un certain nombre de population et de pays ni plus ni moins qu'une question de survie immédiate.

On ne peut pas non plus réserver le tourisme à une élite qui sur base de moyens financiers et intellectuels aurait seule le droit de voyager autrement… Le tourisme de masse est né avec les congés payés, c’est d’une certaine manière une victoire démocratique au même titre que le droit à la libre circulation.

Enfin on ne peut pas condamner le tourisme de masse sous prétexte que cela ne participe pas beaucoup à la connaissance de l’autre, car la seule alternative serait de rester chez soi… et ça, ça ne participe pas du tout à la connaissance de l’autre.

La seule conclusion possible c’est qu’il appartient à chacun de savoir pourquoi il voyage et de connaître les diverses implications de ses choix en matière de type de tourisme et d’agir en conséquence.

Pour aller plus loin dans la réflexion :

Marrakech, ruée sur les riads

Les nouvelles tendances du développement du tourisme au Maroc

Tourisme de masse et développement local le cas de la palmeraie de Tozeur dans le sud tunisien

Comprendre le tourisme de l'organisation "action consomation.org".

Le routard a consacré un dossier au tourisme équitable, ainsi qu'une serie d'interview de candidats à la dernière élection presidentielle Française avec des questions axées autour du tourisme et de l'ethique dans les voyages.

Enfin il y à le site de l'organisation mondiale du tourisme qui permet d'acceder aux chiffres de l'économie du tourisme mondial.

©Travel2world 08/2004.

retour Travel2world

Cet article fait partie du site Travel2World.Be, il est protégé par le droit d'auteur et ne peut etre reproduit, même partiellement sans autorisation de l'auteur.

Dans ce dossier :
Une source d'emploi
La dépopulation
L'environnement
les traditions
La découverte
En conclusion
En savoir plus
 
Les dossiers pratiques :
Questions d'Argent
Préparer un voyage
Que prendre avec soi ?
Passeport, billet etc..
La photo en voyage
Choisir son guide de voyage.
Partir sans son guide de voyage ?
Camping ou auberge de jeunesse ?
Pourquoi voyager à moto ?
Comment voyager à moto ?
 
Les autres dossiers :
Le tourisme équitable
Dossier Togo
L'effet "Nine Eleven"
Le tourisme mondial en 2004
Le tourisme mondial en 2005

définition du tourisme indépendant

Pour ou contre le tourisme ?
Le syndrome du voyageur
Citations